Jamais deux sans trois…De l’injustice du marche du travail britannique


Si j’en avais le temps, je m’embarquerais dans l’ecriture d’un nouveau roman intitulé “Voyage au bout du marché du travail britannique”. Blague à part: je suis en état de choc. En pur etat de choc. Voila que j’ai été temoin de trois licenciement en a peine quelques mois: celui d’une equipe entière, pour une multinationale qui ne merite pas sa reputation; le mien, pour une entreprise dont je tairai ici le nom; et celui d’un collègue directe et performant pour une agence dont je ne dévoilerai pas non plus le nom.

Le premier m’a tellement choquée que j’ai moi-même demissionné apres quelques mois. Quasiment toute l’equipe dans laquelle on m’engageait se faisait licenciée! Même les managers qui m’avaient interviewée n’etaient plus présent lors de mon premier jour. Ambiance amère et délétère qui m’a poussée a partir.
Le second licenciement dont j’ai ete temoin m’affectait directement. Mais quand je me suis fait congédiée apres un mois d’un poste qui n’utilisait aucune de mes competences, me demandait de me tordre en huit pour parvenir a comprendre les demandes impossibles d’une hierarchie etroite et bornée et supposait quatre heures de trajet par jour, je me suis sentie a la fois mal traitée et soulagée. Mal traitée parce que la dame des ressources humaines m’a annoncé avec un grand sourir, que le patron avait realisé que, finalement, le poste créé pour moi n’etait pas tres utile mais que cela n’avait rien à voir avec le fait que je faisais du bon travail. Soulagée parce que le boulot me déplaisait profondément. Toutefois, o joies du marché du travail britannique, je n’avais pas encore séché mes larmes de colère et d’humiliation que mon gsm vibrait deja des nombreux appels des agences prêtes à m’offrir d’autres postes.


Le troisieme licenciement dont je viens d’etre temoin est d’un tout autre ordre: son injustice est aussi flagrante que son imprévisibilité. L’équipe que j’ai rejoint pour une boite jeune et dynamique semblait soudée et assez saine. Apres ce licenciement surprise d’un de leurs talents les plus performants, je crains que la solidarité ne fasse place à la peur et a la méfiance mutuelle. La personne concernée etait performante sur tous les KPI – pour les non-Anglophones, les KPI ce sont ces ‘Key Performance indicators’ qui rendent la vie des salariés au Royaume Uni terriblement stressante – mais le ‘client’ payant pour le projet estime que ce poste n’est plus une priorité. Trois ans durant, le bon et loyal employé a respecté les regles, faisait toutes ses heures et plus et obtenait des scores magnifiques sur les graphes reprenant tous les indicateurs de performance.


Mais la nouvelle est tombée comme un couperet inattendu. Apres avoir contribué a construire le projet qui l’a nourri pendant trois ans – et a aussi permis de payer d’autres employés, supérieurs et même, des actionnaires – on lui dit qu’il n’est plus utile a la compagnie. Après ces années de bons et loyauxs services, il aura moins de deux mois de preavis. Il n’y a pas de syndicat auquel il puisse faire appel; pas de protection du travailleur autre qu’une minuscule periode de repit. Pire encore: sa residence britannique dépend de son travail. Autrement dit: en perdant son emploi, il perdra aussi, tres probablement, son visa.


Espérons que, pour lui aussi, le téléphone vibrera et que les agences de recrutement lui proposeront moult emplois alléchants. Bien entendu, il a un beau pays dans lequel retourner et une famille chaleureuse qui l’y accueillera a bras ouverts. Mais lui voulait et veut etre en Angleterre. Parce que ce pays, envers et contre tour, continue a faire rêver… Le fait qu’il appartienne a l’un des groupes subissant le plus de xenophobie en Angleterre est-t-il un facteur expliquant sa situation? Il est difficile de ne pas le supputer. Mais le client, l’entreprise et lui-même pretendront que ce facteur n’a nullement joué. Seuls comptent les exigences des patrons et des actionnaires…Un argument sans doute moins honteux en terre capitaliste.


Moi qui suis une Européenne convaincue et immigrée ici sans grande envie et pour des raisons personnelles, je me demande bien ce qui peut encore faire rêver dans cette véritable jungle inhumaine et aux droits sociaux inexistants…


Sonne, téléphone, sonne…

Sophie Heine, Dr in Politics

Last book: For a sovereign Europe, Peter Lang, Oxford, 2019,

https://blackwells.co.uk/bookshop/product/For-a-Sovereign-Europe-by-Sophie-Heine-author/9781789974584

Published by sophieheineauthor

As a critical and creative thinker, I have built that blog in order to share my stories and ideas faster and more efficiently but my ideas are more thoroughly developed in my books.

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